jeudi 14 juin 2007

les faits(6): comment j'ai été licenciée

Le jury s’est à nouveau réuni et a décidé de mon licenciement le mercredi 28 mars, j’en ai été informée par téléphone le jour même, et j’ai du faire bonne figure le jeudi.

J’ai parlé à quelques parents le vendredi matin, puis, ayant reçu l’après midi des mains de l’IEN de ma circonscription ma convocation au rectorat le lundi 2 avril « pour affaire me concernant» , j’ai décidé d’informer les élèves de mon départ et de donner un petit mot aux parents.

Les enfants n’ont pas très bien compris, ils ont cru que j’allais avoir un autre bébé, ou alors que ma remplaçante allait revenir, heureusement c’est la directrice qui leur a expliqué, pendant que je garnissais leurs petits paniers de pâques pour les leur donner avec un peu d’avance. Quand on a chanté la chanson de fin de journée, pendant laquelle les parents qui sont déjà là peuvent emmener leurs enfants, et que j’ai vu partir les premiers d’entre eux, je n’ai pas pu continuer, j’ai bêtement pleuré.

Le samedi, les élèves ne venaient pas en classe mais les enseignants si, et les parents d’élèves en ont profité pour faire une réunion de crise, certains voulaient occuper la classe en guise de protestation, d’autres avaient déjà préparé des courriers. Moi je ne voulais rien faire avant d’avoir été à mon rendez vous au rectorat. J’avais envoyé une demande de réexamen de mon dossier à l’inspecteur d’Académie et toute l’équipe avait signé un courrier d’étonnement à son intention.

Le lundi 2 avril, mon licenciement m’a été signifié par l’IA, qui a refusé d’entendre mes arguments, m’a demandé si j’osais accuser un inspecteur de mentir, a cité la conclusion élogieuse d’un rapport en arguant que si mon maitre formateur me félicitait sur la réflexion engagée sur le travail de préparation, c’était bien qu’il y avait là un problème.

Bien que je n’aie à aucun moment évoqué mes enfants ni mes absences pour maternité, l’IA a cru bon de préciser « vous avez fait des choix de vie personnels qui vous sont propres et nous ne sommes pas là pour les juger ».

Il a rejeté ma demande de réexamen au motif que « le jury est souverain ». J’allais bientôt apprendre que cette phrase était revêtue d’une sorte de pouvoir magique. (des explications sur la souveraineté du jury? c'est ici)


Pendant que je signais l’accusé de réception de ma notification de licenciement, dans un autre bureau du rectorat, une jeune collègue qui venait d’être titularisée le même jour par le même jury qui avait décidé de mon licenciement, signait son procès verbal d’installation sur mon poste. Nous sommes arrivées en même temps à l’école, moi pour récupérer mes affaires, elle pour se présenter à la directrice et prendre ses fonctions. Je lui ai confié mon classeur bleu, mes livres, la clé de la classe, je l’ai briefée sur les élèves, fait ses photocopies, et puis je l’ai regardée partir avec mes élèves, cachée derrière la porte du bureau de la directrice pour qu’ils ne me voient pas.



(la suite au prochain numéro)

1 commentaire:

Nad&Jorge a dit…

Tout lu.
Je ne comprendrai jamais...
On vous embrasse, et puis si tu choisis de devenir cosmonaute, on t'aimera toujours quand-même.