Au lieu de la nouvelle que j’attendais, c’est une suspension de la décision pour « visite de contrôle » que l’on m’annonce.
Effondrée et incrédule, j’apprends qu’on va demander au titulaire de la classe de mon dernier stage (le CM2) de quitter à nouveau ses élèves et de se mettre « à disposition du directeur » pendant quatre jours, pour que je puisse bénéficier des conditions nécessaires à la visite de contrôle. Nous contactons tous deux le rectorat pour protester, le directeur en fait de même auprès de l’ICC, nous demandons une organisation différente, dans l’intérêt des élèves. Cela nous est refusé, au motif de l’égalité de traitement. Je propose de signer une décharge disant que je renonce à attaquer le rectorat pour inégalité de traitement s’ils me font passer ma visite de contrôle dans une autre classe que celle de mon dernier stage. Rien n’y fait.
Je me procure alors une série complète d’une courte fiction à étudier en lecture suivie en guise de projet personnel et propose au titulaire de poursuivre sa progression pour les autres matières afin de ne pas déstructurer encore davantage le fonctionnement de la classe.
Le jour de la visite de contrôle, également jour de grève, l’inspectrice n’est pas là. Je reçois trois élèves supplémentaires (leur enseignante, gréviste, leur a laissé du travail la veille) que j’installe au seul emplacement possible, hélas dos au tableau et face au mur (il reste à peine la place pour circuler). Je le précise car cela me sera vivement reproché, ainsi que de ne pas leur avoir donné moi-même un travail adapté à leur niveau. L’inspectrice n’étant toujours pas là, je reprends un exercice de mathématiques de la progression qui avait été mal compris la veille, et que j’ai reformulé pour supprimer certaines difficultés. Les élèves ont encore du mal. L’inspectrice arrive avec une heure de retard, entame une discussion alors que les élèves sont concentrés sur les consignes, commente à haute voix l’énoncé qu’elle trouve trop difficile (plusieurs élèves, à ces mots, repoussent leur cahier et renoncent en ricanant « c’est trop dur madame, j’abandonne »), et me parle à chaque fois que je m’approche du bureau où je l’ai installée avec mon cahier journal et mes préparations.
Arrive enfin l’heure de la récréation. L’inspectrice me parle de mon bébé, de la difficulté de travailler en ayant un enfant en bas âge. Elle me parle de mes fiches de préparation, qui ne lui plaisent pas (pas assez détaillées), elle me demande si j’ai envisagé d’autres concours. Habituée, en raison de mon parcours universitaire, à ce qu’on me demande pourquoi je n’ai pas passé le capes ou l’agrégation, je m’apprête à répondre que j’aime le fait d’être responsable d’une classe au quotidien, mais j’ai un doute. Je lui demande à quel autre concours elle pense. Elle me répond « je ne sais pas, il y en a plein des concours dans la fonction publique vous savez, bibliothécaire par exemple ». Je précise qu’elle dit cela après avoir vu une correction d’exercice de mathématiques qu’elle a en grande partie perturbée.
Après la récréation, un peu ébranlée par ce premier entretien, j’entreprends de mener à bien la dernière séance de ma mini lecture suivie. L’inspectrice me presse en disant qu’elle a demandé au titulaire de venir prendre le relais à 11h afin que nous puissions aller discuter. J’essaie de lancer l’activité de production d’écrit d’une façon qui permette à mon collègue de ne pas être perdu, puisque c’est une séquence qu’il n’a pas préparée. Une fois que le collègue est arrivé, l’inspectrice me demande finalement de continuer moi-même (à ce moment là, il y a donc trois adultes dans la classe, en plus des trois élèves de la collègue gréviste, je vous laisse imaginer l’état de concentration des enfants) puis change encore une fois d’avis. Nous laissons donc mon collègue aux prises avec ses élèves et nous retrouvons dans la salle des maîtres où l’inspectrice m’explique que j’ai manifestement les qualités requises pour être enseignante, mais qu’elle pense que j’ai FAIT EXPRES de me mettre en difficulté le jour de sa venue, car je ne veux pas être titularisée. Elle dit aussi que mes préparations sont trop légères, qu’elle ne demandera pas ma radiation mais qu’elle ne peut pas me laisser titulariser. Quand je lui fais part de mon incompréhension, en lui disant que son jugement est très différent de tout ce qui m’a été dit pendant ma formation par les professeurs d’IUFM et mon maître formateur, elle est agacée et me dit « arrêtez avec l’IUFM, ce ne sont pas vos formateurs qui décident ».
Elle dit que son seul souci c’est l’intérêt des élèves, et répète cette phrase qui m’avait déjà frappée lors du premier entretien, pendant la récréation : « nous, au rectorat, nous sommes le syndicat des enfants ». Je dois me faire violence pour ne pas lui dire à quel point je trouve que l’intérêt des élèves a été méprisé dans cette affaire. Je me contente de nier vouloir, même inconsciemment, échouer à être titularisée. Elle ajoute que j’ai de la chance que mes élèves soient gentils et m’aiment bien parce que sinon, c’était couru, avec mon manque de préparation, ça aurait été le bazar (un comble quand on connaît les difficultés que présente cette classe, et les efforts qu’il nous a fallu, à moi comme au titulaire, pour nous faire respecter).
Devant mon émotion (je suis au bord des larmes devant une telle injustice) elle tente de me réconforter en me disant qu’elle comprend que c’est dur de travailler comme il faut quand on vient d’avoir un bébé. C’est la troisième fois qu’elle formule cet argument. Pour la troisième fois je la contredis. Je lui explique qu’au contraire, la présence de mon bébé m’oblige à mieux m’organiser, à préparer encore plus rigoureusement mes journées de travail car la fatigue des nuits courtes ne laisse aucune place à l’improvisation.
Elle me quitte en m’encourageant à considérer une réorientation. Mes collègues sont scandalisées par l’issue de ma visite de contrôle. Plusieurs veulent écrire au rectorat pour protester. Je les en dissuade.
Comme c’était prévisible après les propos tenus par l'inspectrice, le jury ne me titularise pas, et se prononce, le 6 avril 2006 pour un renouvellement de stage d’un an.
Ce qui est plus étrange, c’est que ce redoublement est sensé commencer le 16 octobre 2005, soit avant la fin de mon congé maternité. Quand je téléphone au rectorat pour m’en inquiéter, on me répond que c’est normal. Je ne cherche pas à comprendre car je viens de recevoir ma nouvelle affectation...
Effondrée et incrédule, j’apprends qu’on va demander au titulaire de la classe de mon dernier stage (le CM2) de quitter à nouveau ses élèves et de se mettre « à disposition du directeur » pendant quatre jours, pour que je puisse bénéficier des conditions nécessaires à la visite de contrôle. Nous contactons tous deux le rectorat pour protester, le directeur en fait de même auprès de l’ICC, nous demandons une organisation différente, dans l’intérêt des élèves. Cela nous est refusé, au motif de l’égalité de traitement. Je propose de signer une décharge disant que je renonce à attaquer le rectorat pour inégalité de traitement s’ils me font passer ma visite de contrôle dans une autre classe que celle de mon dernier stage. Rien n’y fait.
Je me procure alors une série complète d’une courte fiction à étudier en lecture suivie en guise de projet personnel et propose au titulaire de poursuivre sa progression pour les autres matières afin de ne pas déstructurer encore davantage le fonctionnement de la classe.
Le jour de la visite de contrôle, également jour de grève, l’inspectrice n’est pas là. Je reçois trois élèves supplémentaires (leur enseignante, gréviste, leur a laissé du travail la veille) que j’installe au seul emplacement possible, hélas dos au tableau et face au mur (il reste à peine la place pour circuler). Je le précise car cela me sera vivement reproché, ainsi que de ne pas leur avoir donné moi-même un travail adapté à leur niveau. L’inspectrice n’étant toujours pas là, je reprends un exercice de mathématiques de la progression qui avait été mal compris la veille, et que j’ai reformulé pour supprimer certaines difficultés. Les élèves ont encore du mal. L’inspectrice arrive avec une heure de retard, entame une discussion alors que les élèves sont concentrés sur les consignes, commente à haute voix l’énoncé qu’elle trouve trop difficile (plusieurs élèves, à ces mots, repoussent leur cahier et renoncent en ricanant « c’est trop dur madame, j’abandonne »), et me parle à chaque fois que je m’approche du bureau où je l’ai installée avec mon cahier journal et mes préparations.
Arrive enfin l’heure de la récréation. L’inspectrice me parle de mon bébé, de la difficulté de travailler en ayant un enfant en bas âge. Elle me parle de mes fiches de préparation, qui ne lui plaisent pas (pas assez détaillées), elle me demande si j’ai envisagé d’autres concours. Habituée, en raison de mon parcours universitaire, à ce qu’on me demande pourquoi je n’ai pas passé le capes ou l’agrégation, je m’apprête à répondre que j’aime le fait d’être responsable d’une classe au quotidien, mais j’ai un doute. Je lui demande à quel autre concours elle pense. Elle me répond « je ne sais pas, il y en a plein des concours dans la fonction publique vous savez, bibliothécaire par exemple ». Je précise qu’elle dit cela après avoir vu une correction d’exercice de mathématiques qu’elle a en grande partie perturbée.
Après la récréation, un peu ébranlée par ce premier entretien, j’entreprends de mener à bien la dernière séance de ma mini lecture suivie. L’inspectrice me presse en disant qu’elle a demandé au titulaire de venir prendre le relais à 11h afin que nous puissions aller discuter. J’essaie de lancer l’activité de production d’écrit d’une façon qui permette à mon collègue de ne pas être perdu, puisque c’est une séquence qu’il n’a pas préparée. Une fois que le collègue est arrivé, l’inspectrice me demande finalement de continuer moi-même (à ce moment là, il y a donc trois adultes dans la classe, en plus des trois élèves de la collègue gréviste, je vous laisse imaginer l’état de concentration des enfants) puis change encore une fois d’avis. Nous laissons donc mon collègue aux prises avec ses élèves et nous retrouvons dans la salle des maîtres où l’inspectrice m’explique que j’ai manifestement les qualités requises pour être enseignante, mais qu’elle pense que j’ai FAIT EXPRES de me mettre en difficulté le jour de sa venue, car je ne veux pas être titularisée. Elle dit aussi que mes préparations sont trop légères, qu’elle ne demandera pas ma radiation mais qu’elle ne peut pas me laisser titulariser. Quand je lui fais part de mon incompréhension, en lui disant que son jugement est très différent de tout ce qui m’a été dit pendant ma formation par les professeurs d’IUFM et mon maître formateur, elle est agacée et me dit « arrêtez avec l’IUFM, ce ne sont pas vos formateurs qui décident ».
Elle dit que son seul souci c’est l’intérêt des élèves, et répète cette phrase qui m’avait déjà frappée lors du premier entretien, pendant la récréation : « nous, au rectorat, nous sommes le syndicat des enfants ». Je dois me faire violence pour ne pas lui dire à quel point je trouve que l’intérêt des élèves a été méprisé dans cette affaire. Je me contente de nier vouloir, même inconsciemment, échouer à être titularisée. Elle ajoute que j’ai de la chance que mes élèves soient gentils et m’aiment bien parce que sinon, c’était couru, avec mon manque de préparation, ça aurait été le bazar (un comble quand on connaît les difficultés que présente cette classe, et les efforts qu’il nous a fallu, à moi comme au titulaire, pour nous faire respecter).
Devant mon émotion (je suis au bord des larmes devant une telle injustice) elle tente de me réconforter en me disant qu’elle comprend que c’est dur de travailler comme il faut quand on vient d’avoir un bébé. C’est la troisième fois qu’elle formule cet argument. Pour la troisième fois je la contredis. Je lui explique qu’au contraire, la présence de mon bébé m’oblige à mieux m’organiser, à préparer encore plus rigoureusement mes journées de travail car la fatigue des nuits courtes ne laisse aucune place à l’improvisation.
Elle me quitte en m’encourageant à considérer une réorientation. Mes collègues sont scandalisées par l’issue de ma visite de contrôle. Plusieurs veulent écrire au rectorat pour protester. Je les en dissuade.
Comme c’était prévisible après les propos tenus par l'inspectrice, le jury ne me titularise pas, et se prononce, le 6 avril 2006 pour un renouvellement de stage d’un an.
Ce qui est plus étrange, c’est que ce redoublement est sensé commencer le 16 octobre 2005, soit avant la fin de mon congé maternité. Quand je téléphone au rectorat pour m’en inquiéter, on me répond que c’est normal. Je ne cherche pas à comprendre car je viens de recevoir ma nouvelle affectation...
(la suite au prochain numéro)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire