jeudi 14 juin 2007

les faits (4): comment j'ai redoublé mon année de formation

Je suis dans la classe de mon maître formateur quand je reçois le coup de fil qui m'informe de mon affectation, à compter du lendemain.

Il s’agit d’un CM2 dans une école à aires ouvertes, un système très particulier et très déroutant pour une novice comme moi. (des explications? c'est ici)

De plus, une fois encore, le « syndicat des enfants » a frappé puisque la raison de mon affectation sur ce poste, qui est occupé depuis le 22 septembre par la même collègue brigade est de toute évidence une urgence vitale, les enfants sont en grand danger : depuis que le congé maternité de la titulaire c’est transformé en congé parental, le remplacement est considéré comme un remplacement longue durée, et ne devrait pas donner lieu aux indemnités de brigade. Le rectorat a donc demandé à la collègue de renoncer aux siennes. (brigade? kézako? la réponse ici)

Cette collègue, qui a fait, très probablement pour des raisons financières, le choix difficile de remplacer les professeurs absents, dans tous les niveaux de la petite section au CM2, en étant souvent prévenue la veille, voire le jour même, aurait donc du accepter une baisse de revenus pour complaire à sa hiérarchie. Elle a refusé, comme c’était son droit. Les parents d’élèves, le directeur, les collègues, ont demandé au rectorat de la laisser en place, dans l’intérêt des élèves. Cela leur a été refusé. J’ai donc été affectée de toute urgence sur ce poste, et la collègue est allée faire un remplacement ailleurs, en continuant bien entendu de toucher ses indemnités (pour information, bénéfice financier pour les caisses de l’Education Nationale : zéro euro).

Dans la détresse et l’incompréhension où je me trouvais, je n’avais pas vu arriver un bonheur tout aussi inattendu que mes malheurs récents : contre toute attente, j’étais à nouveau enceinte. Petit pied de nez à l’institution que ce bébé probablement conçu juste après les commentaires déplacés de l’inspectrice sur la possibilité de bien travailler en ayant un enfant en bas âge.

Je me suis donc retrouvée à finir l’année sans plan de formation ni contact réel avec l’IUFM (à part ma coordinatrice qui me tenait informée de mes probables visites, mais sans rien garantir, car elle était aussi perplexe que moi devant la tournure que prenaient les événements) dans une école au fonctionnement très exigeant en temps et en énergie, et une classe à PAC (projet artistique et culturel) « capoeira » qu’il me fallait coordonner en binôme avec une collègue à mi-temps, alors que je ne connaissais rien au projet.

J’ai reçu une visite de professeur d’IUFM qui s’est très bien passée, et une autre, de mon maître formateur qui partait à la retraite et est donc venue avec celui qui la remplacerait auprès de moi à la rentrée. Venu au départ pour faire connaissance, il a finalement rédigé la plus grande part du rapport, qui n’est pas horrible, mais que je trouve injuste, la visite ayant eu lieu le 29 juin, alors que toute l’école faisait déjà la fête depuis deux semaines, et que je n’avais d’autre choix, si je voulais montrer quelque chose qui relève des apprentissages et non du centre de loisirs, que de mettre en oeuvre une pédagogie frontale (impliquant trop peu les élèves dans la construction des savoirs) afin de capter un peu d’attention dans une classe sans murs, bruyante et surchauffée.

L’année s’est terminée sans encombres, je n’ai pas été absente, j’ai fait mon travail correctement. Arrivée dans une classe où on ne voulait pas de moi (parents et élèves voulaient que la collègue qui m’avait précédée reste) j’avais réussi à me faire accepter et respecter, et malgré les imprévus, j’ai bouclé le projet danse dans les temps, sans que cela empiète sur les progressions, au prix de nombreuses heures de travail personnel supplémentaires.

A la rentrée suivante, j'ai quand même été soulagée de me voir affectée dans une école maternelle plus classique, en moyenne section, auprès d’élèves avec qui j’allais pouvoir mettre en place les bases d’une progression annuelle pour les retrouver ensuite à mon retour de congé maternité. C’était ma première rentrée « en classe », et tout s’est bien passé. Les collègues et la directrice m’ont bien accueillie, j’ai tout de suite commencé à préparer mon remplacement, en tenant à jour un cahier journal dactylographié et en mettant mes fiches de préparation et tous documents utiles (dont une évaluation personnalisée de chaque élève) dans un gros classeur qui restait toujours en classe.car je craignais de devoir, comme pour ma première grossesse, m’arrêter avant la date de mon congé maternité.

J’ai reçu au mois d’octobre la visite d’un professeur d’IUFM et de mon maître formateur. Ces deux visites ont donné lieu à des rapports très positifs. J’ai finalement du m’arrêter quelques jours plus tôt que prévu, mais je suis partie rassurée, ayant eu l’occasion de rencontrer ma remplaçante. Je suis partie en congé maternité avec un pincement au cœur, heureuse de savoir que je retrouverais cette école et ces élèves à mon retour. Je pensais alors revenir titulaire, puisque le jury devait se réunir le 13 décembre.

(La suite au prochain numéro)

Aucun commentaire: